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Emilien Bouglione Portrait.jpg

Écuyer, Directeur de Cirque

Par Raffaele De Ritis


Émilien Bouglione (1934-2026) était le quatrième des sept enfants de Joseph et Rosa Bouglione (Odette, 1929-2025 – Josette, 1930-? – Firmin, 1933-2022 – Émilien – Sandrine, 1936-2012 – Sampion III, 1938-2019 – Joseph, né en 1942). Des quatre frères, il était de loin le plus artiste ; il succéda à son oncle Sampion II à la tête du département équestre du Cirque Bouglione et présenta, avec un goût infini et un allant remarquable, des tableaux équestres souvent préparés avec l’aide de son mentor, le Maître écuyer André Vasserot (1911-1991).

La famille Bouglione

Il naquit Jules Émilien Buffalo-Bill Bouglione le 20 juillet 1934, à Coulommiers (ville célèbre pour son fromage, à l’est de Paris), où le cirque familial était en représentation. Son père, le légendaire directeur de cirque Joseph Bouglione (1904-1987), et sa mère belge, Rosalie Van Been (1910-2018), étaient tous deux d’ascendance rom et venaient du monde des ménageries foraines, qui, entre les deux guerres, se restructuraient pour devenir le cirque itinérant moderne.

Joseph et Rosa Bouglione (1963)
Le père et les oncles de « Julot » (le diminutif sous lequel Émilien était connu de ses proches et de sa famille) avaient déjà défilé sous une succession d’enseignes pittoresques—dont l’une contribua à faire leur fortune : Stade Bufalo-Bill—avant de s’établir sous le fier titre de Cirque des 4 Frères Bouglione. On dit que le lendemain de l’arrivée du nouveau-né, Jules Émilien, ils signèrent le contrat qui fit d’eux les locataires du Cirque d'Hiver à Paris, le plus ancien bâtiment de cirque au monde, qui allait devenir leur propriété.

Les Bouglione formaient une grande famille dont l’école était la piste. Émilien y entra à l’âge de deux ans et était déjà en selle deux ans plus tard. Comme dans tout cirque, la piste des Bouglione était une école de la vie, dont le programme s’écrivait dans l’odeur âcre du crottin, des fauves, du cuir et de la sciure. Leur approche de l’art équestre ne devait rien au style académique classique (déjà en déclin) : la leur était plus farouche et plus romantique ; c’était un monde de chevaux mythiques qui galopent à travers le folklore et les romans populaires, montés par une famille dont le sang rom lui donnait un sceau d’éblouissante merveille.

Émilien fit ses débuts officiels en 1943, annoncé comme « Le plus jeune cavalier de France », sous la tutelle de Achille Zavatta, clown célèbre et l’une des figures les plus protéiformes que le monde du cirque ait produites. Le jeune Émilien avait toutefois déjà été employé dans de petits rôles dans la pantomimeA circus play, not necessarily mute, with a dramatic story-line (a regular feature in 18th and 19th century circus performances). Blanche-Neige ("Snow White")—l’une des opérettes de cirque novatrices que les Bouglione montèrent avec Géo Sandry, leur concepteur et metteur en scène, pendant l’occupation allemande, afin de soutenir le moral des Parisiens.

Pour Émilien, cette expérience avait constitué une utile formation à la théâtralité et à l’art du spectacle. Il apparut aussi dans de petits rôles auprès de quelques-uns des grands clowns de l’époque, qui se succédaient dans les pistes des Bouglione avec la régularité d’un mécanisme bien entretenu. Après la guerre, durant les vacances scolaires, il commença à se familiariser avec la cavalerie(French) The ensemble of the horses in an equestrian circus; a group of horses presented "at liberty." de son oncle Sampion : sept étalons ukrainiens, dont il prit finalement la direction en 1950.

L’étoile de la famille

Ce qui suivit fut la naissance d’Émilien Bouglione, l’icône du cirque. Il nourrissait de véritables ambitions artistiques, qui trouvèrent rapidement leur forme dans La Poste —ce vertigineux tableau équestre créé au XIXe siècle par Andrew Ducrow, où un cavalier se tient debout sur deux chevaux lancés au grand galop tandis qu’une demi-douzaine d’étalons passe à toute vitesse et à tour de rôle entre ses jambes ; le cavalier saisit une à une leurs longues rênes qu'ils déploient avant de contrôler un attelage lancé à pleine allure. Émilien la présenta d’abord en costume de cowboy, puis en Zorro, et enfin dans la tenue romaine de Ben-Hur, saisissant les basques d’Hollywood avec une assurance qu’Hollywood lui-même aurait pu envier.

Émilien dans "La Poste" (1962)
Partageant ses activités entre le Cirque d’Hiver à Paris et ses tournées à travers la France, la Belgique et les Pays-Bas (avec une incursion au Brésil), le cirque Bouglione offrit à Émilien l’occasion de s’essayer à tout, de l’acrobatie à la spécialité de la famille, le dressage—dont la présentation du groupe mixte de tigres, lions et léopards de son oncle Firmin, ainsi que les éléphants Bouglione&mash;et même de remplacer, au besoin, un homme-canon. Mais l’équitation demeura son véritable domaine, le médium par lequel son imagination inépuisable trouvait son expression.

Assisté de l’indispensable André Vasserot, Émilien rassembla de riches écuries et développa un style à la fois vivant et précis : de grands groupes de races mêlées—Anglo-Arabes, Norvégiens, poneys—libérés des rigidités de l’école classique, souvent présentés avec sa marque personnelle : monté sur un cheval magnifique, toujours dans un costume somptueux, et parfois assis sur une selle mexicaine ornée. À l’inverse de son père et de ses oncles, qui paraissaient souvent en piste (et dans la cage) en costume de ville, Émilien avait un sens aigu du style et une véritable élégance qui servaient son remarquable sens du spectacle.

Qu’il conduise sa cavalerie(French) The ensemble of the horses in an equestrian circus; a group of horses presented "at liberty." ou qu’il évolue dans La Poste, il traversait une galerie d’identités qui avaient fait vibrer les imaginaires du XXe siècle : Robin des Bois, un chef sioux, Zorro, Davy Crockett, un charro mexicain, un prince oriental, un gaucho argentin, un gladiateur, un vaquero andalou. Ses costumes et ses choix orchestraux étaient toujours du plus haut niveau, et son charisme était alors devenu indéniable. Il avait su distiller l’esprit de la littérature populaire et du cinéma en un art scénique immédiat, dont la piste était le médium.

Les années 1960 marquèrent l’apothéose du film d’aventures en Technicolor, ainsi qu’une période d’activité intense pour la famille Bouglione. En 1963, elle reprit le Cirque de Montmartre à Paris (anciennement Medrano), placé sous la direction des « Bouglione Juniors » (Firmin, Émilien, Sampion, Joseph) tandis que, dès la fin des années 1950, le Cirque d’Hiver commença à accueillir une émission télévisée extrêmement populaire, ''La Piste aux Étoiles''. Pendant plus de vingt ans, cette émission offrit à Émilien une exposition extraordinaire, non seulement de sa personne auprès du public français, mais aussi, pour lui-même, aux techniques de la télévision et à un ensemble remarquable et divers d’artistes talentueux. Il apprenait vite.

Un homme du monde

Émilien par Richard Avedon (1955)
Doté d’une élégance naturelle en piste comme hors de la piste, Émilien possédait des dons et des centres d’intérêt sociaux qui surprenaient ceux qui s’attendaient à ce qu’un homme de cirque limite son monde au seul cirque. Il pouvait converser avec quiconque sur de nombreux sujets—brillant et modeste à parts égales—et il développa, avec une apparente facilité, des amitiés bien au-delà du monde de la sciure. Il conserva, tout du long, le charme mystérieux du nomade : impossible à expliquer pleinement, impossible à écarter.

À l’aise dans tous les milieux, il devint ami avec Salvador Dalí. En 1955, il posa pour le légendaire photographe Richard Avedon, qui réalisa au cirque des images aujourd’hui conservées dans de grands musées du monde entier. Dans les années 1970, le Cirque d’Hiver se mit à accueillir un nouveau cycle du Gala de l'Union des Artistes (l’inspiration originelle de tous les « Circus of The Stars » ultérieurs, né en 1923 au Nouveau Cirque à Paris), l’un des événements parisiens les plus étincelants du XXe siècle.

Émilien en collabora à la direction et, année après année, confia sa chambrière(French) Long whip customarily used by Equestrians for the presentation of horses "at liberty." et ses chevaux à des personnalités comme Gina Lollobrigida (qu’il avait rencontrée à dix-sept ans sur le tournage du film Trapeze [1956] au Cirque d’Hiver), le légendaire réalisateur et acteur italien Vittorio De Sica, et l’une des plus grandes vedettes parisiennes, Joséphine Baker. Parmi ses amis figuraient également Charles Aznavour, Alain Delon, Jean-Paul Belmondo, le chef légendaire Paul Bocuse et le jazzman Lionel Hampton—parmi beaucoup d’autres.

Pour ses somptueux et élégants costumes de scène, il fit un jour appel à Paco Rabanne. Il accordait la même attention à ses harnais et à ses selles : on se souvient surtout de la majestueuse selle-armure incrustée d’argent sur laquelle, vêtu d’une veste boléro à sequins dorés sur un gilet noir et un pantalon noir, Émilien fut représenté par le grand illustrateur italien Renato Casaro pour une magnifique affiche en deux feuilles de 1976—l’image d’un homme parfaitement à l’aise dans sa propre légende.

Lauréat et collectionneur : le Prince du Cirque

En 1974, les Bouglione mirent leur cirque itinérant à la disposition du prince Rainier III de Monaco pour accueillir et organiser le premier Festival International du Cirque de Monte Carlo. Émilien y présenta sa cavalerie(French) The ensemble of the horses in an equestrian circus; a group of horses presented "at liberty." et remporta un Clown d’Argent—le tout premier jamais décerné. Dans nombre de ses numéros équestres, il était accompagné de son épouse, la belle Christiane Bouglione, née Hernandez (en 1940), qui produira ensuite ses propres spectacles, et qui lui donna quatre enfants: Joseph (né en 1960), Regina (née en 1962), Louis-Sampion (né en 1966) et Odette (née en 1969).

Émilien Bouglione avec ses frères et son père au Festival de Monte Carlo (1974)
Le Cirque Bouglione cessa ses tournées en 1981 et, quelques années plus tard, le Cirque d’Hiver abandonna lui aussi sa saison de cirque, devenant un théâtre à louer. Émilien se tourna alors vers sa vieille passion : la collection. Il accumula, avec une ferveur méthodique, un étonnant trésor d’objets d’art—peintures, bronzes, divers souvenirs, documents liés au cirque et au monde équestre—contribuant ainsi à reconstituer des pans d’histoire du cirque qui, autrement, auraient pu disparaître.

En 1999, avec sa mère et son frère Sampion III, il donna sa bénédiction à la décision de confier à la nouvelle génération des Bouglione le retour de la saison de cirque au Cirque d’Hiver. Le rôle d’Émilien dans ce projet fut unique et impossible à définir précisément : celui d’un esprit inspirateur. Sa seule présence conférait une tranquille autorité à une expérience qui devint, au fil des ans, l’un des succès les plus remarquables du monde du cirque, en grande partie grâce aux propres enfants d’Émilien.

Dans les premières décennies du XXIe siècle, quiconque passait par hasard au Cirque d’Hiver à n’importe quelle heure de la journée pouvait aisément se retrouver face à la silhouette de « Monsieur Émilien », devenu le patriarche de la famille, surgissant de façon inattendue de l’un des vomitoires de la salle, d’un couloir mystérieux, ou de l’une des innombrables petites portes que le vénérable bâtiment semble multiplier à l’infini.

Sa silhouette longiligne se déplaçait silencieusement et discrètement—et, invariablement, son élégance impeccable vous frappait : ses magnifiques gilets, assortis à une cravate ou un foulard, ses boutons de manchette ornés scintillant aux poignets. C’était moins l’éclat d’un vétéran du cirque à la retraite que la grâce d’un souverain émérite. Pourtant, rien chez lui n’intimidait. Une douce familiarité s’installait d’emblée, et la conversation (on pouvait se trouver entraîné dans les savoirs du cirque, les beaux-arts, l’actualité, un petit-enfant passant, un détail négligé dans un coin) brûlait d’une passion calme et fervente.

Épilogue

Peu à peu, les enfants d’Émilien prirent en main la gestion complète du Cirque d’Hiver. Joseph en était le très talentueux directeur artistique depuis la reprise(French) Short piece performed by clowns between acts during prop changes or equipment rigging. (See also: Carpet Clown) des activités circassiennes du Cirque d’Hiver, assisté de sa sœur Regina, qui veille à l’allure et à l’élégante garde-robe des artistes et du personnel.
Émilien Bouglione (c.2015)
Louis-Sampion, qui partage la passion de son père pour l’histoire et la collection, créa le musée privé "Émilien Bouglione" au Cirque d’Hiver et s’assure que les valeurs culturelles et historiques du légendaire bâtiment parisien sont appréciées et préservées. Enfin, Odette devint CEO de l’ensemble de l’organisation Bouglione. Tous partagent avec leur père l’élégance, le talent et un respect engagé pour la place de leur famille dans l’histoire du cirque.

Émilien Bouglione s’est éteint à Paris le 15 mars 2026 ; il avait quatre-vingt-douze ans. Ses obsèques furent célébrées à l’église Saint-Roch, rue Saint-Honoré à Paris, en présence d’une grande foule d’amis, de professionnels du cirque et d’admirateurs. Le Prince du Cirque, comme on l’appelait souvent, rejoignit deux générations précédentes de ses ancêtres dans le mausolée de la dynastie Bouglione, au cimetière de Lizy-sur-Ourq, près de Paris. Émilien Bouglione fut l’une de ces personnalités universellement aimées grâce auxquelles le mot « cirque » continue d’évoquer fascination et légende plutôt qu’une simple nostalgie.

Lectures conseillées

  • Pascaline Kromicheff, Émilien Bouglione, Prince du Cirque (Puits, De la Voix au Chapitre, 2019) — ISBN 978-2-9562209-1-6

See Also

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