Cirque d'Hiver/fr

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Cirque Napoléon, Cirque National, Cirque d'Hiver

Par Dominique Jando


Situé au cœur de Paris, entre la place de la République et la place de la Bastille, à la lisière du Marais historique, le Cirque d’Hiver est le plus ancien bâtiment de cirque au monde. Il est également le plus ancien cirque encore en activité : il a ouvert ses portes en 1852. Son adresse, au 110 rue Amelot, peut paraître discrète, mais à cet endroit précis, la rue Amelot débouche sur le boulevard du Temple par la petite place Pasdeloup : le Cirque d’Hiver est donc bien visible, pratiquement « sur les Boulevards ».

Les cirques de Louis Dejean

Louis Dejean (c.1850)
Le Cirque d’Hiver a été construit pour l’entrepreneur de spectacle Louis Dejean (1786-1879) afin de servir de résidence hivernale à sa compagnie de cirque. Dejean dirigeait déjà le Cirque des Champs-Elysées dans les élégants Jardins des Champs-Elysées, qu’il gardait ouvert de mai à octobre. Jusqu’en 1846, son principal établissement avait été le Cirque Olympique, situé à environ cinq cents mètres de son nouveau cirque, sur la portion du boulevard du Temple qui disparut en 1862 pour être transformée en l’actuelle place de la République lors de la rénovation de Paris par le baron Haussmann.

Dejean avait vendu son ancien Cirque Olympique en 1847 ; bien qu’il ait été construit seulement vingt ans auparavant (en 1827), il avait déjà perdu de son attrait et n’était plus pratique. Comme beaucoup de bâtiments de cirque de sa génération, il avait été conçu avec une piste de cirque et une scène de théâtre complète, ce qui facilita sa transformation en théâtre légitime, le Théâtre du Cirque Olympique, par ses nouveaux propriétaires. Sans résidence permanente en hiver, Dejean avait pris l’habitude d’envoyer sa troupe à l’étranger, à Londres ou à Berlin, pour la saison hivernale. Bien que ces incursions hors frontières aient été fructueuses, une nouvelle base hivernale à Paris demeurait plus pratique.

Dejean demanda donc à Jacques-Ignace Hittorff (né Jakob-Ignaz Hittorff à Cologne, Allemagne – 1792-1867), architecte en chef de la Ville de Paris, de concevoir les plans d’un nouveau cirque. Hittorff avait déjà construit le Cirque des Champs-Elysées pour Dejean, ainsi que son jumeau, le Panorama (aujourd’hui Théâtre du Rond-Point), qui faisaient partie du plan de rénovation des jardins des Champs-Elysées dans les années 1840. Hittorff avait également supervisé la refonte de la place de la Concorde (notamment avec l’ajout de sa propre fontaine monumentale, « La Fontaine des Mers ») et il allait construire plus tard la Gare du Nord, les douze hôtels particuliers qui entourent l’Arc de Triomphe sur la place de l’Étoile, et bien d’autres œuvres du style néo-classique dont il fut l’un des principaux artisans.

Dans les années 1850, sur l’emplacement actuel de la place de la République, le boulevard du Temple s’élargissait en une section connue sous le nom de « Boulevard du Crime » – en raison des nombreux crimes commis sur scène chaque soir dans les mélodrames qui étaient le plat principal des innombrables théâtres du boulevard. Avec son alignement de théâtres, de cafés-chantants et d’autres attractions populaires, le Boulevard du Crime était l'épicentre des divertissements parisiens, une destination prisée des Parisiens comme des visiteurs.

Le terrain qu’obtint Dejean se situait à l’extrémité est de cette section du boulevard du Temple, juste avant qu’il ne devienne le boulevard des Filles du Calvaire. Bien que l’emplacement semblât un peu éloigné par rapport au centre actif du Boulevard du Crime, il restait un emplacement de choix. Cependant, le terrain vacant était loin d’être idéal : il avait très peu de profondeur et était en contrebas de la rue. Il fallut niveler le site, et le manque de profondeur empêcha Hittorff de construire le vaste foyer qu’on aurait pu attendre d’un si grand amphithéâtre.

Le nouveau cirque de Jacques Ignace Hittorff

Cirque Napoléon: élévation (1852)
Néanmoins, le cirque qu’Hittorff commença à construire le 15 avril 1852 était spectaculaire à bien des égards. Il s’agissait d’un icosagone régulier (polygone à vingt côtés) de 42 mètres de diamètre, surmonté d’une coupole culminant à 27,5 mètres au sommet. Sa particularité architecturale était que, contrairement aux autres cirques construits auparavant, il n’y avait aucune colonne à l’intérieur de l’amphithéâtre pour soutenir la coupole : les murs périphériques, épais de 55 centimètres et hauts de 16,25 mètres, étaient renforcés à chaque angle par des piliers internes et externes qui absorbaient le poids de la coupole.

Contrairement au Cirque Olympique, le nouveau bâtiment de Dejean n’était pas équipé d’une scène de théâtre. Ce n’est pas que Dejean l’ait rejetée : les hippodrames étaient extrêmement populaires au milieu du XIXe siècle dans les cirques comme dans les théâtres – bien que les cirques aient un avantage sur les théâtres puisqu’ils pouvaient utiliser à la fois la piste et la scène pour ces drames équestres spectaculaires et tridimensionnels. Mais les théâtres voisins, qui ne souhaitaient pas voir un autre cirque transformé en théâtre concurrent, avaient demandé que le nouveau cirque soit construit exclusivement pour les présentations équestres – avec une piste et sans scène, comme le Cirque des Champs-Elysées – et Dejean dut céder à leur demande pour obtenir son permis.

La salle pouvait accueillir 3 900 spectateurs répartis sur trois sections concentriques de sièges, avec des places debout dans un petit promenoir courant autour de la périphérie, derrière la dernière rangée. Les sièges, constitués à l’origine de bancs étroits recouverts de velours cramoisi et munis d’un dossier rigide, étaient réputés inconfortables — un détail que les chroniqueurs de l’époque ne manquaient pas de souligner. Aujourd’hui, les sièges sont conventionnels et des loges ont été ajoutées (en 1923) derrière la troisième rangée dans la section inférieure – des modifications qui ont réduit la capacité à 1 800 places – mais l’espace entre chaque rangée est resté inchangé et toujours limité : pour toute sa splendeur, le Cirque d’Hiver n’a jamais été une salle très confortable !

L'Amazone de Pradier
La décoration de la salle était impressionnante. L’élément le plus frappant était (et, heureusement, est toujours) le plafond, inspiré des velaria utilisés pour protéger le public du soleil dans les amphithéâtres romains ; sa taille autant que ses riches ornements le rendent impossible à ignorer – même aujourd’hui, bien que sa vue soit partiellement obstruée par la grille d’éclairage.

À la périphérie de la salle, une série de vingt tableaux de Félix-Joseph Barrias et Nicolas-Louis Gosse, relatant l’histoire de l’art équestre, ornaient chaque panneau(French) A flat, padded saddle used by ballerinas on horseback. du mur polygonal. Ceux-ci ne sont plus visibles aujourd’hui : ils ont été masqués en 1955 et attendent toujours une possible restauration. (Quelques-uns ont malheureusement disparu, d’autres ont été gravement endommagés par plus d’un siècle de négligence.) La salle était éclairée par vingt lustres à gaz ornés répartis sur la périphérie, et un autre grand lustre au-dessus de la piste.

Les écuries, pouvant accueillir 52 chevaux, étaient situées dans un long bâtiment rectangulaire à l’arrière de la salle, avec une cour ouvrant sur la rue de Crussol (perpendiculaire à la rue Amelot). Le premier étage du bâtiment abritait les loges, divers ateliers et un logement à une extrémité. Comme la salle, les écuries étaient richement décorées ; elles comprenaient une superbe fontaine ornée d’un bas-relief du sculpteur Astyanax-Scévola Bosio, toujours visible aujourd’hui.

À l’extérieur, la façade arborait deux frises courant sur la circonférence visible du bâtiment, sculptées par Bosio, Francisque-Joseph Duret (auteur de la célèbre fontaine Saint-Michel à Paris), Jean-Baptiste Guillaume, Eugène Lequesne et Antoine Dantan – tous artistes de grand talent et de grande réputation. La frise principale représentait la création du cheval par Neptune et son dressage par Minerve.

Deux statues équestres encadraient l’entrée(French) Clown piece with a dramatic structure, generally in the form of a short story or scene. : une séduisante Amazone de James Pradier à gauche (qui aurait été modelée sur la célèbre écuyère Antoinette Lejars, et était la seconde version d’une statue dont la première ornait la façade du Cirque des Champs-Elysées), et un guerrier grec de Duret et Bosio, à droite. Frise et statues existent toujours aujourd’hui, mais la Victoire tenant une lanterne, qui couronnait initialement le bâtiment, a disparu depuis longtemps.

Le Cirque Napoléon

Lorsque le nouveau cirque ouvrit ses portes le 11 décembre 1852, neuf mois seulement après le début de sa construction(French) A temporary circus building, originally made of wood and canvas, and later, of steel elements supporting a canvas top and wooden wall. Also known as a "semi-construction.", Louis-Napoléon Bonaparte, neveu du défunt empereur Napoléon Ier, venait de se proclamer Empereur des Français sous le nom de Napoléon III quelques jours plus tôt, le 2 décembre.

Cet événement politique n’était pas une surprise. Après la chute de Napoléon Ier en 1815, la France était revenue à une monarchie décevante, lors de laquelle un culte nostalgique de Napoléon et de l’Empire avait grandi pour devenir un mouvement populaire — alimenté notamment par les nombreuses pantomimes et hippodrames à la gloire de l’Empereur joués au Cirque Olympique, et répétés (à plus petite échelle) par d’autres cirques.

Le Cirque Napoléon en 1852
Après l’abdication du roi Louis-Philippe en 1848, la République française fut proclamée et Louis-Napoléon, revenu d’années d’exil à New York et Londres, fut élu son premier président à une large majorité. Il devint alors évident que la restauration de l’Empire était imminente – et dès le début, Dejean avait adroitement baptisé son nouveau cirque Cirque Napoléon. Pour sa première apparition publique officielle, le nouvel empereur inaugura le cirque qui portait son nom — comme celui de son oncle, d’ailleurs.

Le directeur équestre du nouveau Cirque Napoléon était Adolphe Franconi (1800-1855), héritier de la première et plus illustre dynastie de cirque française ; son régisseur(French) The stage (or ring) manager—and sometimes Ringmaster—in a French circus. (See also: Monsieur Loyal) (ou directeur artistique) était le dramaturge Ferdinand Laloue ; et son maître de manège, chargé des présentations de haute école (dressage), était le plus célèbre maître écuyer de l’époque, François Baucher (1796-1873). Le programme d’ouverture offert à l’empereur comprenait, entre autres, le célèbre clown Jean-Baptiste Auriol, la belle ballerine à cheval Coralie Ducos, et le « dieu » de l’art équestre lui-même, le grand Baucher.

Le 12 novembre 1859, le Cirque Napoléon fut le théâtre d’un événement historique : la création, par un jeune gymnaste français originaire de Toulouse, Jules Léotard (1838-1870), d’une nouvelle discipline de cirque, le trapèze volant. Une plaque de marbre située juste derrière le rideau, à droite de l’entrée(French) Clown piece with a dramatic structure, generally in the form of a short story or scene. de la piste, commémore toujours l’événement.

En 1861, le Cirque Napoléon commença à accueillir les Concerts populaires de musique classique, présentés chaque dimanche à 14h sous la direction de Jules Pasdeloup (1819-1887). Son orchestre, les Concerts Pasdeloup, existe toujours aujourd’hui, et la petite place devant le Cirque d’Hiver, ouvrant la rue Amelot sur le boulevard du Temple, a été baptisée Place Pasdeloup en l’honneur du chef d’orchestre. Les concerts du dimanche restèrent une tradition jusqu’en 1884.

Le Cirque d’Hiver

En 1870, après la défaite humiliante de Sedan dans la guerre contre la Prusse, la déposition de Napoléon III le 4 septembre et la proclamation de la deuxième République, Dejean jugea prudent de rebaptiser son cirque Cirque National. Il prit finalement sa retraite deux ans plus tard, en 1872, et ses deux cirques passèrent sous la direction de Victor Franconi (1810-1897), cousin d’Adolphe, qui avait enseigné l’équitation aux enfants du roi Louis-Philippe et avait été l’écuyer privé de Napoléon III.

Victor Franconi
En 1873, Victor Franconi, dont les sentiments républicains semblaient pour le moins flous, donna enfin au cirque son titre actuel, Cirque d’Hiver. (Le Cirque des Champs-Elysées, qui avait été renommé Cirque de l’Impératrice sous l’Empire, puis Cirque National des Champs-Elysées en 1870, devint le Cirque d’Eté.) Franconi, et son fils Charles (1844-1910), qui lui succéda, furent parmi les derniers tenants de la grande tradition du cirque équestre. Mais l’Europe entrait dans l’ère industrielle, et les goûts du public évoluaient.

En effet, le cirque changeait aussi avec son temps ; non que la grande équitation ait complètement perdu de son attrait, mais la gymnastique et les exercices physiques suscitaient un intérêt croissant. Léotard était devenu la première vedette internationale de l’acrobatie de cirque – et, grâce à son costume moulant (qui porte toujours son nom dans les pays anglophones) révélant sa silhouette athlétique, il devint aussi l’un des premiers sex-symbols du show-business. Et hélas, des artistes tels que Baucher et les Franconi, qui avaient été parmi les plus grandes stars du cirque équestre français, étaient sur le déclin.

De plus, le Cirque d’Hiver commença à affronter une sérieuse concurrence. L’entrepreneur de cirque américain et ancien écuyer et clownGeneric term for all clowns and augustes. '''Specific:''' In Europe, the elegant, whiteface character who plays the role of the straight man to the Auguste in a clown team., James Washington Myers (1823-1892), avait construit un cirque dans le quartier, place du Château d’Eau (aujourd’hui place de la République) : le Grand Cirque Américain. Inauguré en décembre 1875, il accueillit les spectacles de Myers jusqu’en 1879. Myers, qui apporta un nouveau style et de nouveaux numéros au public parisien, eut beaucoup de succès. Lorsqu’il était en tournée, les locataires occasionnels de son bâtiment étaient généralement des compagnies étrangères (principalement italiennes), qui apportaient aussi une touche de nouveauté.

Plus important encore, en juin 1875, l’écuyer belge Ferdinand Beert (1835-1902), dit Fernando, ouvrit un nouveau cirque boulevard de Rochechouart, au pied de la butte Montmartre, le Cirque Fernando (qui deviendra, en 1897, le légendaire Cirque Medrano). Puis, en février 1886, l’entrepreneur Joseph Oller ouvrit le Nouveau Cirque, rue Saint-Honoré – un cirque très élégant et confortable, équipé d’une piste révolutionnaire qui pouvait être abaissée par un système hydraulique pour révéler un bassin d’eau.

Pendant que les Franconi maintenaient la tradition équestre dans leurs deux cirques parisiens, Fernando offrait à son public populaire un divertissement plus léger, dont l’attraction(Russian) A circus act that can occupy up to the entire second half of a circus performance. principale était le clown Geronimo Medrano, dit « Boum-Boum ». Medrano était souvent la vedette de revues comiques écrites spécialement pour lui, tandis que le Nouveau Cirque se spécialisait dans les joyeuses pantomimes aquatiques – et allait bientôt accueillir deux clowns qui allaient devenir célèbres à Paris, Foottit et Chocolat. Le Buffalo Bill’s Wild West visita aussi Paris en 1889, tout comme le géant américain Barnum & Baileu à la fin de 1901. Au milieu de toutes ces nouveautés, le Cirque d’Hiver, ardent défenseur de la tradition équestre classique, devenait de plus en plus passé de mode.

Dans la dernière décennie du siècle, Charles Franconi, suivant l’exemple de Fernando et du Nouveau Cirque, produisit une série de pantomimes, anciennes et nouvelles, dans la piste du Cirque d’Hiver. Certaines furent couronnées de succès, mais Fernando et le Nouveau Cirque étaient devenus les cirques privilégiés des Parisiens – avec un public populaire et bohème pour Fernando, tandis que le Nouveau Cirque attirait la clientèle élégante qui, auparavant, fréquentait le Cirque d’Eté. En 1899, deux ans après la mort de son père, Charles Franconi dut fermer son cirque d’été des Champs-Elysées ; il concentra ses efforts sur la survie et la rentabilité du Cirque d’Hiver.

Le Cirque d’Hiver dans l’ombre

Mais malgré des programmes souvent intéressants, le Cirque d’Hiver avait perdu de son attrait. La digne Place de la République, ayant remplacé le vivant « Boulevard du Crime », faisait office de barrière(French) The line of uniformed artists and assistants who, in the old equestrian circus, stood at attention at the ring entrance to assist their fellow performers if needed. When seen today, the Barrière is usually made of the Ring Crew. entre le quartier des théâtres à l’ouest et la courte portion du boulevard du Temple de l’autre côté, où le Cirque d’Hiver se retrouvait seul, isolé de la vie animée des Boulevards de l’ouest. Finalement, fin 1907, Franconi et ses actionnaires louèrent le Cirque d’Hiver au producteur de films Serge Sandberg (1879-1981), qui le transforma en salle de cinéma pour la société Pathé. Charles Franconi ne survécut pas longtemps à cette disgrâce ; il mourut trois ans plus tard, en 1910.

Le Cirque d'Hiver vers 1905
Une cabine de projection fut construite au-dessus des sièges de la troisième section, en face de l’entrée(French) Clown piece with a dramatic structure, generally in the form of a short story or scene. des artistes – au-dessus de laquelle un écran avait été dressé – et les lustres disparurent. Évidemment, une grande partie de la salle ne pouvait pas avoir une bonne vue de l’écran. Par sa forme, sans parler de son manque de confort, le Cirque d’Hiver n’était pas une bonne salle de cinéma, d’autant que le public du cinéma devenait plus exigeant.

En 1917, Sandberg transforma temporairement le Cirque d’Hiver en théâtre. Le grand acteur français Firmin Gémier (1869-1933), qui développait un théâtre populaire de qualité accessible au plus grand nombre, utilisa le lieu pour des productions spectaculaires, telles qu’une version française d'Œdipe, Roi de Thèbes – dans la lignée de la production grandiose de Oedipus Rex (1910) de Max Reinhardt, présentée au Circus Schumann à Berlin, et qui était devenu une sensation internationale. L’expérience théâtrale de Gémier au Cirque d’Hiver annonçait le Théâtre National Populaire (TNP), qu’il créa après la Première Guerre mondiale, en 1920.

Puis, le Cirque d’Hiver revint au cinéma, toujours avec avec un succès médiocre. Enfin, en 1923, Serge Sandberg céda son bail à un entrepreneur de théâtre nommé Gaston Desprez. Desprez venait d’une famille d’industriels ; il avait développé du matériel pour l’armée française pendant la guerre, mais sa véritable passion était le spectacle. Il avait déjà acheté des cinémas dans plusieurs villes de province, géré un théâtre et produit un spectacle de cirque au cirque municipal de Troyes (dont le bâtiment existe toujours), en Champagne. Ses deux jeunes frères, Marcel et André, partageaient ses intérêts et avaient développé des attractions sensationnelles pour le cirque.

Retour au cirque : Gaston Desprez

Dès le début, Desprez annonça son intention de rendre au Cirque d’Hiver sa vocation circassienne, et sa première action fut de restaurer le bâtiment dans sa splendeur d’antan. Il avait été modifié sans soin durant ses années de cinéma et de théâtre, et n’était plus adapté aux spectacles de cirque : la piste, notamment, ainsi que les écuries, avaient disparu. L’architecte chargé du projet fut Louis Gagey. Les travaux de réhabilitation durèrent trois mois seulement, mais furent cependant considérables.

La structure interne fut renforcée, notamment celle supportant les sièges, qui étaient en bois et en mauvais état ; elle fut remplacée par une structure en béton. Les sièges eux-mêmes furent entièrement rénovés avec des fauteuils de théâtre modernes, et une rangée de loges fut installée derrière la troisième rangée dans la section inférieure ; cela rendit le cirque un peu plus confortable, bien que l’espace entre les rangées restât limité. La salle fut repeinte et redécorée, notamment avec une belle série de chevaux ailés dorés, récupérés du défunt Cirque du Prince Impérial (1866-1867), rue de Malte ; ils furent placés au-dessus des vomitoires et y sont toujours aujourd’hui.

Dans les coulisses, les écuries furent réinstallées dans une aile de leur bâtiment d’origine, tandis que l’autre aile fut transformée en un vaste foyer pour le public, décoré en jardin d’hiver, avec une fontaine (depuis disparue) au centre. En 1924, une frise peinte illustrant tous les numéros vus au Cirque d’Hiver lors des premières saisons Desprez fut installée en haut des murs du foyer. Elle est toujours visible aujourd’hui. Parmi ses sujets, une effigie de Charlie Chaplin est souvent considérée comme un hommage au passé du bâtiment en tant que cinéma ; il s’agit en fait d’une image de Charlie Rivel imitant le personnage de Charlot dans son numéro de trapèze « Charlie and the Rivels ».

Le nouveau Cirque d’Hiver ouvrit ses portes le 12 octobre 1923. L’ancien acrobate équestre et clown Louis Lavata en était le régisseur(French) The stage (or ring) manager—and sometimes Ringmaster—in a French circus. (See also: Monsieur Loyal) de piste, et Pierre Blondeau, futur gendre et bras droit de Desprez, gérait l’accueil du public (Blondeau dirigera plus tard l'agence artistique Reiffers et Blondeau).

À l’arrivée de Desprez, le cirque et le music-hall connaissaient une vogue sans précédent à Paris – et la concurrence était rude. Boulevard de Rochechouart, le Cirque Medrano était plus populaire que jamais, grâce en grande partie au succès extraordinaire de son trio de clowns, Les Fratellini. À vrai dire, le Nouveau Cirque, rue Saint-Honoré, vieillissait et touchait à sa fin (il fermera en 1926), et le gigantesque Cirque de Paris, ouvert en 1906 avenue de la Motte-Piquet, ne s’en sortait pas mieux (victime de sa taille excessive, il fermera en 1930).

Cependant, le Théâtre de l' Empire, qui se proclamait « Music-Hall Cirque » et ouvrit en 1924 avec des spectacles mêlant music-hall et cirque classique – sur le modèle du WinterGarten et de la Scala à Berlin – connut un succès immédiat, et de grands numéros de cirque se produisaient régulièrement aux Folies-Bergère et au Casino de Paris, célèbres théâtres de revue parisiens, ainsi que dans les music-halls tels que l’Olympia, l’Alhambra et Bobino.

Heureusement, Desprez vit grand. Il engagea les meilleurs numéros du moment, y compris ses frères Marcel et André avec leur incroyable double saut périlleux en automobile – « pilotée » par le stoïque cascadeur André, et spécialement construite par Marcel, l'ingénieur. En septembre 1924, Desprez réalisa un coup remarquable : Rodolphe Bonten, directeur du Cirque Medrano, avait refusé une augmentation de salaire aux Fratellini pour la nouvelle saison ; Desprez les engagea immédiatement au Cirque d’Hiver à leurs conditions et les nomma directeurs artistiques, un titre surtout honorifique mais qui créa une excellente publicité.

Pour la saison d’hiver 1926, Pierre Blondeau signa et ramena des États-Unis l’un des plus célèbres numéros de cirque de l'époque, les Codona, avec le légendaire Alfredo Codona, roi absolu du triple saut périlleux. Ce fut un autre coup de maître : la plus grande star du trapèze volant dans le cirque où Léotard avait inventé la spécialité ! Cela rétablit définitivement le Cirque d’Hiver de Desprez parmi les grands des variétés européennes, un cirque avec lequel il fallait compter. (Les Codonas reviendront rue Amelot en 1930.)

Puis, en 1927, le Cirque d’Hiver accueillit pour la première fois le Gala de l’Union des Artistes, le premier « cirque des stars » et le plus prestigieux gala caritatif de Paris, qui se tenait auparavant au Nouveau Cirque. Cette tradition perdurera jusqu’en 1974. (Elle fut reprise(French) Short piece performed by clowns between acts during prop changes or equipment rigging. (See also: Carpet Clown) une fois, en 2010, mais la mode en était passée et le gala n'eut pas beaucoup de succès.)

Le retour des pantomimes de cirque

En 1931, Desprez renoua avec la longue tradition des pantomimes de cirque au Cirque d’Hiver, s’inspirant du Circus Busch de Berlin, où le genre prospérait sous la direction de la formidable Paula Busch. Le premier de ces spectacles fut La chasse à courre, une pièce musicale et équestre, avec chevaux, chiens, cerfs et les Fratellini, et un intéressant tulle peint entourant la piste, qui servait de décor. Une série de pantomimes à succès suivra.

Au printemps 1932, Desprez lança une version itinérante du « Cirque d’Hiver de Paris », qui commença à tourner en province sous chapiteau(French, Russian) A circus tent, or big top. au printemps et en été. Puis, en novembre 1932, le Cirque d’Hiver accueillit l’une des célèbres pantomimes aquatiques du Circus Busch itinérant (aussi appelé Circus Busch-Nürnberg, pour le distinguer de son homonyme berlinois), Les nuits du Kalifat, avec un équipement élaboré qui transformait la piste en bassin – bien que peu profond. Les nuits du Kalifat fut le précurseur des spectaculaires pantomimes aquatiques qui feront, dans les années à venir, la réputation du Cirque d’Hiver.

Les pantomimes aquatiques, qui étaient la marque de fabrique du Nouveau Cirque parisien, étaient aussi populaires au Cirque Nikitine de Moscou, et au Tower Circus de Blackpool l'été en Angleterre, et elles étaient particulièrement appréciées au Circus Busch de Berlin. Ces cirques étaient tous équipés d’une piste pouvant être abaissée pour révéler un bassin, et Desprez décida d’en installer une au Cirque d’Hiver. Une fois de plus, il en confia les plans au même architecte, Louis Gagey, et la partie technique à la société Castiglione.

Les travaux furent réalisés en un mois seulement. Le bassin, en béton, avait 4,20 mètres de profondeur, avec un plancher de vingt tonnes pouvant être abaissé par un système hydraulique ; pour cette opération, le tapis de coco de la piste était retiré et l’eau passait par des fentes dans son plancher, comme dans le système d’origine du Nouveau Cirque. Des ouvertures dans les murs du bassin permettaient un accès sous-marin. La « piste nautique » du Cirque d’Hiver fut inaugurée en novembre 1933 par la célèbre meneuse de revue Mistinguett (1875-1966), alors plus grande vedette du music-hall français.

Le bassin d’eau n’était pas la seule amélioration apportée par Desprez pour la saison 1933-1934 : une petite scène fut ajoutée au-dessus de l’entrée(French) Clown piece with a dramatic structure, generally in the form of a short story or scene. de la piste – pouvant être reliée à la piste par un escalier amovible – et l’installation électrique fut modernisée (notamment avec l’ajout d’une couronne de puissants projecteurs sous la coupole et d’un éclairage sous-marin pour le bassin). Enfin, un toit fut construit sur la cour de la rue Amelot, permettant notamment le logement des animaux exotiques lorsque c'était nécessaire.

La première « pantomimeA circus play, not necessarily mute, with a dramatic story-line (a regular feature in 18th and 19th century circus performances). aquatique » utilisant les nouvelles installations fut Tarzan, adaptation française d’un spectacle du cirque Busch, avec tout l’équipement, le décor et les costumes importés de Berlin. Elle ne dura qu’un jour : Desprez avait « oublié » d’obtenir les droits sur le célèbre personnage créé et protégé par Edgar Rice Burroughs… Les éléments du spectacle furent rapidement réadaptés par le metteur en scène Géo Sandry pour les Fratellini, et devint Les Fratellini en Afrique, mais ces changements de dernière minute firent une mauvaise publicité au spectacle, qui ne connut guère de succès.

Les Fratellini détectives, qui suivit, ne fut pas plus chanceux. Les tournées estivales sous chapiteau(French, Russian) A circus tent, or big top., même après que Desprez eut rebaptisé son cirque itinérant Cirque Fratellini en 1930, perdaient de l’argent. Les nouveaux aménagements étaient encore à payer, et les productions récentes n’avaient pas couvert leurs coûts. Maxime Morin, président de la Société du Cirque d’Hiver (qui avait remplacé la Société des Deux Cirques des Franconi), décida de résilier le bail de Desprez en fin de saison et de proposer le cirque au plus offrant.

L'arrivée de la famille Bouglione

Les frères Amar, dont le cirque itinérant, l’un des plus prestigieux de France, jouait Paris l’hiver sous une structure en bois et toile (une « semi-construction(French) A temporary circus building, originally made of wood and canvas, and later, of steel elements supporting a canvas top and wooden wall. Also known as a "semi-construction." » dans le jargon du cirque français), commencèrent à négocier un bail. Mais ils furent rapidement supplantés par la famille Bouglione, leurs principaux concurrents, qui, comme eux, avaient débuté dans les foires avec uneménagerie itinérante. Les Bouglione acceptèrent de reprendre la dette liée à la récente rénovation du cirque, que les Amar hésitaient à inclure dans l’accord.

Les Bouglione étaient une famille de Sintis qui venait d'Italie. Ils avaient fait fortune grâce à une supercherie réussie : après avoir acheté un vieux stock d’affiches inutilisées de la tournée française de Buffalo Bill en 1905, ils lancèrent sur les routes belges un « Stade Buffalo-Bill » aussi coloré que douteux en 1924. Malgré un programme de cirque très européen, ils attirèrent sous leur chapiteau(French, Russian) A circus tent, or big top. le public belge, puis celui des provinces françaises, qui appréciaient l'ambiance vivante et exotique qu'ils offraient (certainement plus liée au sang gitan des Bouglione qu’au Far West américain) et se satisfaisaient d’un spectacle « Wild West » improvisé en fin de programme.

En 1928, le Stade Buffalo-Bill débarqua à Paris ; bien que les critiques et une grande partie du public parisien n’aient pas été dupes, les Bouglione rencontrèrent le même succès dans la capitale que dans les provinces. Mais la supercherie ne pouvait durer, et la saison suivante, ils abandonnèrent Buffalo Bill et tournèrent sous divers noms, avant d’adopter le leur en 1933 : Cirque des 4 Frères Bouglione.

Leur arrivée soudaine sur la scène circassienne parisienne fut cependant le résultat d’une querelle avec les frères Amar au sujet de l’acquisition d’un groupe d’éléphants du cirque tchèque Kludsky, tombé en faillite, dans laquelle les Amar avaient finalement pris le dessus. Les Bouglione se vengèrent en faisant capoter l’accord des Amar avec la Société du Cirque d’Hiver. Comme le disait Joseph Bouglione à l’auteur : « Nous ne savions pas vraiment quoi faire du Cirque d’Hiver : nous n’avions jamais eu une vie sédentaire ; mais c’était une victoire, et une opportunité. »

En effet, les frères Bouglione (Alexandre, 1900-1954 ; Joseph, 1904-1987 ; Firmin, 1905-1980 ; Sampion, 1910-1967) saisirent l’opportunité : plus de quatre-vingt-dix ans plus tard, la famille Bouglione possède et exploite toujours le Cirque d’Hiver. Au lieu de simplement obtenir un bail sur le cirque, ils conclurent un accord avec Maxime Morin et devinrent partenaires de la société du vieux Cirque d’Hiver. Avec le temps, la société changera de nom et les Bouglione en deviendront les seuls actionnaires.

Les Bouglione rouvrirent le Cirque d’Hiver le 17 novembre 1934. La salle avait été repeinte et rénovée, et l’ouverture fut précédée d’un défilé dans les rues, comme les Bouglione le faisaient lorsqu'ils tournaient en province avec leur chapiteau(French, Russian) A circus tent, or big top.. Pour rivaliser avec les Amar, le défilé comprenait un important troupeau d’éléphants : les deux pachydermes des Bouglione, trois autres prêtés par le Jardin d’Acclimatation, et un groupe du Cirque Althoff en Allemagne. Une publicité habile, puisque la principale nouveauté que les Bouglione apportaient au Cirque d’Hiver était leur vaste ménagerie d’animaux exotiques.

En janvier 1935, les Bouglione présentèrent leur première pantomimeA circus play, not necessarily mute, with a dramatic story-line (a regular feature in 18th and 19th century circus performances)., La Reine de la Sierra, qui inaugura une longue série de grands spectacles, souvent exotiques, incluant chansons, musique, animaux sauvages, jeux aquatiques, et une distribution d’acteurs, chanteurs, danseurs, clowns, acrobates et dompteurs qui étaient en très grande partie la famille Bouglione élargie. Ces spectacles étaient conçus par le prolifique metteur en scène Géo Sandry, et utilisaient pleinement piste, scène et bassin aquatique. Pour la saison des fêtes de 1935-1936, Géo Sandry produisit ce qui restera le chef-d’œuvre du genre – et un classique Bouglione jusqu’aux années 1960 – La Perle du Bengale.

Pendant la Seconde Guerre mondiale et l’occupation allemande de Paris (1940-1944), le Cirque d’Hiver revint à des productions plus simples mêlant cirque et music-hall, jusqu’à ce que les occupants allemands confient la gestion des deux cirques parisiens, le Cirque d’Hiver et Medrano, à Paula Busch et son gendre, le producteur Emil Wacker : Paula Busch avait perdu son cirque berlinois à cause des projets d’urbanisme d’Albert Speer.

Ils prirent possession du Cirque d’Hiver le 15 décembre 1940. Ce ne fut qu’une vaine tentative pour essayer d'améliorer les relations franco-allemandes par le divertissement – et les Bouglione furent rapidement autorisés à récupérer leur cirque, qui rouvrit sous leur direction le 22 mars 1941. Ils continuèrent à l’exploiter pendant la guerre avec des programmes mêlant cirque (avec des pantomimes qui mettaient en vedette les clowns Alex et Zavatta), music-hall et spectacles sportifs.

L’après-guerre

Les années d’après-guerre furent une période faste pour le cirque en Europe. Les Bouglione (qui continuaient à tourner avec leur Cirque Bouglione l’été, participaient à d’autres entreprises circassiennes et louaient certains de leurs animaux à d’autres cirques) profitèrent pleinement de la manne. Le Cirque d’Hiver était plus prospère que jamais ; la production de pantomimes somptueuses reprit avec succès, certaines servant de tremplin comique à Achille Zavatta, qui allait devenir une véritable star. En 1946, le Cirque d’Hiver fut à nouveau rénové, notamment avec un agrandissement significatif de la scène au-dessus de l’entrée(French) Clown piece with a dramatic structure, generally in the form of a short story or scene. de la piste — qui incluait la construction(French) A temporary circus building, originally made of wood and canvas, and later, of steel elements supporting a canvas top and wooden wall. Also known as a "semi-construction." d’un grand cadre de scène, dans un style plus proche des années 1930 que du Second Empire.

En 1955, la ménagerie du Cirque d’Hiver devint un véritable atout, les Bouglione ayant acquis un gorille adulte nommé Jacky qui fut très médiatisé. La même année, le cirque fut le décor du classique cinématographique de Carol Reed, Trapèze (1956), avec Burt Lancaster (un ancien acrobate de cirque), Tony Curtis et Gina Lollobrigida – doublée dans les séquences aériennes par Sandrine Bouglione. (C’est à cette occasion que les tableaux de Barrias et Gosse sur les murs périphériques, en mauvais état, furent recouverts d’éléments décoratifs et disparurent du regard du public.)

Sorti l’année suivante, « Trapèze » fut un succès international et une publicité extraordinaire pour le Cirque d’Hiver. Il constitue aujourd’hui un documentaire intéressant sur le vénérable cirque parisien de l’époque. La dernière pantomimeA circus play, not necessarily mute, with a dramatic story-line (a regular feature in 18th and 19th century circus performances). originale produite au Cirque d’Hiver (en 1958) fut Davy Crockett et Jimmy Boy, qui surfait sur le succès international du film de Disney, Davy Crockett, King Of The Wild Frontier (1955). Par la suite, seules quelques reprises de La perle du Bengale, sous des formes et des titres divers, rappelèrent une longue tradition qui était en voie de disparition.

De 1954 à 1978, le Cirque d’Hiver accueillit l’émission télévisée mensuelle La Piste aux Etoiles, qui rendit le bâtiment parisien familier à tout Français possédant une télévision. Le Cirque d’Hiver continua également à accueillir chaque année le Gala de l’Union des Artistes jusqu’en 1974, et le Gala de la Piste, avec quelques interruptions, entre 1959 et 1980. En 1977, puis de 1988 à 2006, le Festival Mondial du Cirque de Demain, qui avait succédé au Gala de la Piste, se tint également chaque année pendant une semaine au Cirque d’Hiver.

En 1981, Yves Mourousi (1942-1998), une populaire personnalité télévisuelle, produisit la comédie musicale de Broadway Barnum au Cirque d’Hiver. Pour l’occasion, le cirque connut une nouvelle série de rénovations, notamment l’installation de nouveaux lustres au-dessus du deuxième niveau de sièges sur la périphérie, dessinés d’après les originaux disparus lors de la transformation du cirque en cinéma. Le projet comprenait aussi la restauration de la décoration de la coupole, l’installation d’une grille d’éclairage et le revêtement des couloirs en marbre. Ces améliorations furent prises en charge par la Ville de Paris – ce qui compensa largement l’échec de la comédie musicale.

Cet événement ouvrit cependant de nouvelles perspectives aux Bouglione. Depuis les années 1960, le Cirque d’Hiver ne se produisait plus que trois jours par semaine et les jours fériés. Joseph Bouglione, dernier des frères fondateurs, vieillissait (il mourut en 1987), et ses fils, Sampion (1938-2019), Emilien (né en 1934), et Joseph (né en 1942), avaient déjà arrêté les tournées du Cirque Bouglione. Leur frère aîné, Firmin (1932-2022), avait quitté l’entreprise familiale et fondé son propre Cirque Bouglione en Belgique. La scène circassienne changeait ; le Cirque d’Hiver avait du mal à s’adapter à une nouvelle époque et s’essoufflait.

La renaissance

En 1984, le Cirque d’Hiver devint une salle à louer, accueillant une série de productions théâtrales, récitals, défilés de mode, etc., avec seulement quelques incursions dans le monde du cirque. De 1986 à 2007, le Festival Mondial du Cirque de Demain occupa la piste une semaine chaque année, et le Cirque du Soleil s’y produisit pendant un mois en 1990. En 1997, Muriel Hermine, ancienne championne d’Europe de natation synchronisée, créa et interpréta Crescend’O, un spectacle aquatique mis en scène par Guy Caron, et pour lequel l’ancien bassin, pratiquement inutilisé depuis la guerre, fut complètement reconstruit.

Puis en 1998, la nouvelle génération alla voir le patriarche familial de l’époque, Sampion Bouglione II (1938-2019) : son fils, Francesco, et ses neveux Joseph Junior, Louis-Sampion, Regina, Thierry et Nicolas exprimèrent leur volonté de relancer une saison de cirque au Cirque d’Hiver. Le cirque était de retour ; plusieurs jeunes Bouglione avaient travaillé dans d’autres cirques et spectacles de variétés à travers l’Europe, et ils étaient bien conscients du succès des cirques qui redéfinissaient les tendances de la présentation circassienne. Ils voulaient participer à cette renaissance du cirque.

Après quelques rénovations, notamment de la piste, qui avait progressivement perdu les caractéristiques d’une véritable piste de cirque au fil des productions théâtrales, le Cirque d’Hiver rouvrit ses portes en tant que cirque à part entière en octobre 1999, avec une production intitulée Salto. Merveilleusement distribuée, mise en scène, éclairée et costumée, accompagnée d’un superbe orchestre, avec la participation d’un séduisant groupe de danseuses (qui deviendront les Salto Dancers et seront ensuite rejoints par quelques danseurs), le spectacle fut un succès immédiat et total. Depuis Salto, une nouvelle production anime chaque année la piste du Cirque d’Hiver d'octobre à mars, rencontrant à chaque fois un succès croissant. Et en 2002, la production intitulée Le Cirque célébra brillamment le 150e anniversaire du Cirque d’Hiver.

À l’été 2008, la façade du Cirque d’Hiver fit l’objet d’une restauration complète : des éléments décoratifs disparus furent reconstruits ; les frises, endommagées au fil des ans, furent réparées, de même que les statues équestres, les luminaires extérieurs, les vitraux, etc. Les couleurs d’origine du bâtiment furent rétablies et la frise peinte du foyer fut restaurée ; la vivacité de ses couleurs d’origine, ternies par des années de fumée de cigarette, redevint visible. D’autres travaux de restauration, notamment des fresques à l’intérieur (gravement endommagées et cachées depuis les années 1950), sont toujours considérées pour l’avenir.

Aujourd’hui, sous la direction efficace d’Odette Bouglione, fille du patriarche Émilien Bouglione, la direction artistique de Joseph Bouglione Jr., son frère, et la collaboration de leur sœur Regina et de leur frère Louis-Sampion, et après plus de 150 ans, le Cirque d’Hiver de Paris est plus jeune que jamais.

Pour en savoir plus

  • Adrian, Histoire illustrée des cirques parisiens d’hier et d’aujourd’hui (Bourg-la-Reine, publié par l'auteur, 1957)
  • Christian Dupavillon, Architectures du Cirque (Paris, Editions du Moniteur, 1982 — reprinted with additions in 2001) — ISBN 2-281-19136-2
  • Louis Sampion Bouglione et Marjorie Aiolfi, Le Cirque d’Hiver (Paris, Flammarion, 2002) — ISBN 2-0801-0798-4
  • Dominique Denis, Cirque d'Hiver, Direction Gaston Desprez (Aulnay-sous-Bois, Éditions Arts des 2 Mondes, 2011) — ISBN 978-2-915189-24-7

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